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CORONAVIRUS | 5 défis à relever sur le terrain

08 avril 2020 / France Santi
Changement de rythmes, situation de stress, restriction des visites… Avec la crise du coronavirus, le personnel accompagnant des institutions doit répondre à plein de nouveaux défis. Avec Catherine Dufrêne de la Haute école de travail social de Genève, nous en abordons cinq.

CORONAVIRUS | 5 défis à relever sur le terrain


Précision: toutes les citations entre guillemets sont de Catherine Dufrêne.

1 Gérer le bouleversement des journées

Du jour au lendemain, de nombreux ateliers ont fermé leurs portes ou réduit sensiblement leur activité. Les résident·e·s se sont donc retrouvé·e·s «confiné·e·s» sur les lieux de vie, au sein de l’institution ou dans des groupes décentrés. «Le quotidien a été totalement chamboulé. Il n’y a plus le matin, puis l’atelier, puis la soirée. Pour le personnel accompagnant de résidence, cela veut dire un accroissement important de la charge de travail, avec des journées de 24 heures à gérer.»

 

Problème

  • Le personnel accompagnant (éducatrices et éducateurs, assistantes socio-éducatives et assistants socio-éducatifs, veilleuses et veilleurs) se retrouvent à gérer des journées de 24 heures.

 

Pistes

  • Pour les institutions qui offrent des lieux de vie, il faut: repenser les activités, faire des petits groupes qui permettent de garder un peu de rythme et de répartir l’accompagnement.
  • Intégrer les collègues des ateliers de production au sein des équipes des lieux de vie. «Cela peut être intéressant, même si ce n’est pas évident de mélanger les équipes. Les nouveaux doivent trouver leur place. Et celles et ceux qui sont déjà là doivent prendre du temps pour tout expliquer.»
  • Pour augmenter les effectifs, les institutions peuvent aussi faire appel à des étudiant·e·s en travail social ou des civilistes, des bénévoles.

 

La crise du coronavirus demande la mobilisation de tout le personnel, voire l’engagement de personnel supplémentaire. «Mais il ne faut pas non plus griller toutes les cartouches maintenant. Il faut aussi penser à tenir dans la durée et prévoir du personnel de réserve. La situation est vraiment très délicate pour les cadres.»

2 Gérer les peurs

Le coronavirus suscite des questions et des peurs. D’une part, les journées sont déstructurées et d’autre part:

  • on parle de gens qui tombent malades et il faut faire attention.
  • on ne peut plus voir sa famille et sortir comme d’habitude.
  • on doit respecter une distance sociale qui interdit les accolades et autres gestes qui font partie de la vie de tous les jours.
  • le personnel porte parfois des masques, ce qui est inhabituel.

Le personnel accompagnant doit trouver des réponses à ces questions et peurs. Et pour cela, il doit «tout repenser au niveau de l’approche éducative».

Problème

  • Il faut gérer les peurs provoquées par la situation de crise.

 

Pistes

  • Repenser ses méthodes éducatives pour chaque résident·e. Dans ces temps bousculés, les besoins des résident·e·s vont aussi changer. Certain·e·s auront besoin de plus d’activité, d’autres de plus de repos.
  • Focaliser son énergie pour écouter et rassurer les résident·e·s. Ces tâches, toujours importantes dans l’accompagnement, gagnent encore en importance. Elles sont aujourd’hui primordiales.

3 Gérer le contact avec les proches

Avec la crise du coronavirus, il y a restriction des visites, dans les deux sens. Les résident·e·s ne vont plus dans leur famille et les familles ne viennent plus dans l’institution. Là aussi, il s’agit pour le personnel accompagnant de rassurer et d’assurer le contact.

Problème

  • Absence de contact avec les proches.

 

Pistes

  • Soigner le contact avec les familles. Les écouter et leur donner suffisamment d’informations. «Cela fait partie du travail du personnel accompagnant. Mais dans cette situation de crise, il faut encore plus communiquer.»
  • Utiliser le téléphone, mais aussi les outils d’échanges vidéo (Skype, WhatsApp, Facetime, etc.).
  • Trouver des moyens supplémentaires pour nourrir le contact. Par exemple: envoyer des photos et des dessins, lire des courriers et des courriels.

4 Gérer la distance sociale

Le coronavirus exige de suivre des règles d’hygiène et aussi de garder ses distances avec les autres. Ces directives bouleversent les habitudes. On ne se dit plus bonjour comme avant. On ne peut plus être aussi proche des autres qu’avant. Pour certain·e·s résident·e·s, devoir garder ses distances est difficile.

Pour le personnel accompagnant, il n’est pas toujours possible de respecter les distances: «Nous sommes des lieux de vie. Si nous pouvons limiter les contacts, nous ne pouvons pas les annuler entièrement. Nous aidons certain·e·s à s’habiller ou à manger, nous donnons des soins.»

Problème

Faire connaître et respecter les gestes barrières. Notamment, celui de garder 2 mètres de distance.

Pistes

  • Expliquer et rassurer les résident·e·s avec des mots et des pictogrammes. Valoriser, entre autres, les nouvelles façons de se dire bonjour. 
  • Avoir:
    • des directives d’hygiène claires de la part des directions.
    • du personnel qui vient régulièrement nettoyer les lieux.
    • du matériel de protection (masques, gants, savon, désinfectant).

5 Gérer la reconnaissance

C’est une des difficultés du personnel accompagnant les personnes en situation de handicap: leur métier est peu connu et peu médiatisé. «C’est vrai, le travail social est méconnu du grand public et souvent au bout de la liste. Cela n’est pas nouveau, mais aujourd’hui, les gens sur le terrain ont besoin de sentir que l’on pense à eux. Au même titre que d’autres corps de métier qui sont applaudis tous les soirs à 21 heures.» Dans ce contexte, les directions ont un rôle particulièrement important dans la reconnaissance du travail de leurs équipes.

Problème

  • Manque de reconnaissance du fait que les métiers liés à l’accompagnement du handicap sont peu connus.

 

Pistes

  • Être soutenus par les directions. «Les équipes ont besoin de sentir que leur direction est là, derrière elles, avec une taskforce. Et bien sûr, il faut que la direction communique clairement et souvent avec les équipes.»
  • Que les directions, les organisations et les partenaires fassent un travail auprès des médias pour faire parler de ces métiers et les faire connaître du grand public.
 

Notre partenaire de discussion

Merci à Catherine Dufrêne pour le temps accordé.

Catherine Dufrêne est chargée de cours à la Haute école de travail social de Genève et éducatrice sociale HES auprès des EPI – Établissements publics pour l’intégration.

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